Qui sont les harkis ?

Par Élisa Aumoitte, OrientXXI, 25 avril 2022

Le 23 février 2022, la France a promulgué une loi portant reconnaissance de la nation envers les harkis et réparation des préjudices qu’ils ont subis « du fait de l’indignité de leurs conditions d’accueil » en France, à la suite des accords d’Evian du 19 mars 1962.

Alors que l’Algérie célèbre cette année le soixantième anniversaire de son indépendance, l’histoire de ces supplétifs demeure un des principaux enjeux de mémoire collective liés à la guerre d’indépendance algérienne.
De l’administration à l’armée

Le terme « harki » est dérivé du mot arabe harka signifiant « mouvement ». Il est employé pour décrire l’ensemble des supplétifs d’origine nord-africaine qui se sont engagés aux côtés de l’armée française au cours de la guerre (1954-1962). Les raisons et les modalités d’engagement des harkis sont diverses et ne témoignent pas d’un soutien absolu à l’idée d’une Algérie française.

Principalement recrutés dans des zones rurales, la majeure partie d’entre eux est dans un premier temps employée au sein d’administrations civiles ou de groupes de police locale. Au fil de la guerre, dans les zones où les combats s’intensifient, l’État français accélère le recrutement de militaires au sein de groupes mobiles locaux, appelés harka, en s’appuyant en premier lieu sur les oppositions claniques et familiales. À partir de 1958, le nombre de harkis intégrés dans l’armée française augmente, pour atteindre près de 60 000 hommes à la fin de l’année 1960, même si leur dénombrement exact est complexe, car la plupart sont engagés sans contrat. Dans ce contexte de guerre, la précarité et la possibilité d’être payé et nourri au sein de l’armée est un facteur explicatif majeur de ce recrutement massif.


Au lendemain de l’indépendance


Dès 1961, l’État français peine à trouver une solution pour ces supplétifs, dont l’engagement décroit au fur et à mesure que la perspective d’indépendance de l’Algérie se dessine. À la fin de la guerre, il leur est théoriquement proposé de choisir entre trois options : s’engager dans l’armée régulière, être licenciés avec prime, ou bien signer un contrat de six mois avec l’armée. En réalité, ces trois possibilités sont rarement rapportées dans les témoignages d’anciens harkis. Après les accords d’Evian, le 19 mars 1962, la France refuse d’organiser un rapatriement massif des harkis, même s’ils sont de citoyenneté française, Paris voyant plutôt dans cette perspective un mouvement de migration massif.

Du côté algérien, au lendemain de l’indépendance, les harkis, accusés d’avoir participé aux crimes de l’armée française, subissent de violentes représailles, et plusieurs milliers de supplétifs sont massacrés par le Front de libération nationale (FLN). Face à ces actes, nombreux sont ceux qui fuient clandestinement avec leur famille vers la France, qui finit par consentir à rapatrier environ 40 000 harkis et leurs familles entre 1962 et 1963. Mais la plupart continuent à vivre en Algérie, bien que le mot « harki » soit devenu synonyme de traître dans le pays.


Les enjeux de mémoire


Les conditions d’accueil des harkis après leur rapatriement ont témoigné du manque de considération de la France vis-à-vis de ceux qui avaient combattu dans ses rangs. Parqués dans des camps, notamment dans le sud de la France, une grande majorité n’y reste que temporairement avant d’être orientée vers les mines, la sidérurgie, les industries du nord de la France ou encore vers des hameaux de forestage, spécifiquement construits pour les anciens harkis. Certains camps, comme ceux du Larzac (Aveyron) ou de Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) ferment dès l’hiver 1962. Mais dans d’autres, notamment à Bas et à Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard), des familles restent enfermées jusqu’en 1975. Les conditions de vie dans les camps sont difficiles, du fait de la précarité des installations et d’un manque d’accès aux services publics, notamment au soin et à l’éducation.

La volonté de réparation concernant l’indignité de leurs conditions d’accueil par l’État français en février 2022 témoigne de la lenteur de la reconnaissance des traumatismes subis par les harkis en Algérie comme en France. Cette place qui ne leur fut pas accordée ni dans le territoire ni par la suite dans l’histoire, est un des enjeux mémoriels de reconnaissance de la responsabilité de la France dans les violences de la colonisation et de la décolonisation de l’Algérie. Le sort des harkis comme celui des pieds-noirs représente également un enjeu électoral qu’on ne manque pas de réactiver à chaque échéance, surtout à droite, pour récupérer les voix de cette partie de la population.