GENEVA – The International Labour Organization (ILO) will hold its annual International Labour Conference (ILC)  in Geneva from June 5-16, 2017.

Worker, employer and government delegates from the ILO's 187 member States will tackle a wide range of issues, including:

Labour migration and the challenge of governance;
Fundamental principles and rights at work via the recurrent discussion in follow up to the Social Justice Declaration;
Occupational safety and health, through the general survey concerning the promotional framework, construction, mines and agriculture;
Peace and stability through a possible revision of the Employment (Transition from War to Peace) Recommendation, 1944 (No. 71) .
The Director General’s report to the Conference will focus on work and climate change.
A World of Work Summit on women in the world of work will take place on 15 June. 


Details on the ILO Conference programme are available on ilo.org/ilc  

Francais

 

Que se passe-t-il ? En février, le gouvernement de la République centrafricaine a signé un accord avec les groupes armés qui contrôlent de larges portions du territoire, s’engageant à intégrer certains de leurs combattants dans de nouvelles unités de l’armée et à faire entrer leurs dirigeants au gouvernement. Cet accord bénéficie d’un large soutien international, mais la violence fait encore rage dans les provinces.

En quoi est-ce significatif ? Le gouvernement, l’Union africaine et les Nations unies ont beaucoup investi dans cet accord, qui a aussi le soutien des pays voisins. Si les responsables centrafricains y mettent du leur, il devrait être possible de mettre un terme à six années de violence généralisée.

Comment agir ? Le gouvernement devrait établir des critères clairs pour évaluer la conduite des groupes armés ; il devrait écarter du gouvernement les chefs de groupes qui ne les respectent pas. Le gouvernement et les acteurs internationaux devraient soutenir les initiatives de paix locales. Le Tchad et le Soudan devraient user de leur influence sur les groupes armés pour qu’ils cessent leurs abus.

 

Synthèse

 

Quatre mois après la signature d’un accord de paix, facilité par l’Union africaine, entre le gouvernement de la République centrafricaine (RCA) et quatorze groupes armés, sa mise en œuvre reste incomplète. Les unités mixtes prévues par l’accord, qui seraient composées de combattants des groupes armés et des forces armées nationales, pourraient contribuer à accélérer la démobilisation, mais leur mise en place s’avère difficile. Le nouveau gouvernement, qui a accordé aux représentants des groupes armés des postes importants au niveau national et local, est loin de faire l’unanimité auprès d’une population qui souhaite avant tout voir les niveaux de violence et de prédation diminuer. S’il semble nécessaire de faire des compromis avec des groupes puissants, le gouvernement et ses alliés internationaux devraient établir des critères de conduite clairs conditionnant l’accès de leurs représentants à des postes gouvernementaux. Le gouvernement et ses alliés devraient aussi soutenir les initiatives de paix locales, qui ont permis dans certains cas de négocier des trêves, de résoudre des litiges et de réduire la violence dans les provinces où les groupes armés sont actifs. Les acteurs internationaux devraient maintenir la pression sur les voisins de la RCA pour qu’ils poussent ces groupes à cesser les abus.

L’accord, négocié à Khartoum et signé à Bangui le 6 février, est au moins le sixième accord conclu avec les groupes armés depuis que certains d’entre eux se sont emparés de la capitale centrafricaine en 2013, provoquant une crise qui perdure encore aujourd’hui. Facilité par l’Union africaine, avec le concours des voisins de la RCA, cet accord est le fruit des efforts des hauts diplomates de l’organisation régionale pour ramener dans le giron de l’Union africaine (UA) une initiative parallèle de la Russie et du Soudan qui, à la mi-2018, a failli anéantir les efforts internationaux de médiation. Comme d’autres accords signés par le passé, il expose les principales causes du conflit, engage les parties à résoudre pacifiquement les différends et les groupes armés à désarmer. Cet accord comprend également deux autres dispositions notables. Premièrement, il prévoit la création d’unités spéciales mixtes de sécurité réunissant certains combattants issus de groupes armés et des formations de l’armée. Deuxièmement, le président de la RCA, Faustin-Archange Touadéra, s’y engage à former un « gouvernement inclusif », ce qui, pour les médiateurs de l’Union africaine et les groupes armés eux-mêmes, implique de faire une plus grande place à ces derniers au sein du gouvernement.

La mise en œuvre de ces dispositions s’est vite heurtée à plusieurs obstacles. Les unités mixtes de sécurité pourraient contribuer à la démobilisation des groupes armés, certains combattants intégrant l’armée et d’autres retournant à la vie civile. Mais les divergences d’interprétation concernant les structures de commandement de ces unités et la réticence des groupes armés à engager des combattants dans un désarmement pérenne ont entravé leur formation. L’idée d’un gouvernement inclusif s’est avérée particulièrement controversée. Le 3 mars, le nouveau Premier ministre du Président Touadéra a formé un cabinet accordant quelques postes, tous relativement mineurs, à des représentants des groupes armés. Les groupes s’y sont opposés et ont menacé de sortir de l’accord. Après une réunion d’urgence avec les chefs des groupes armés au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, le Premier ministre a nommé un nouveau gouvernement fin mars. Les groupes armés se sont vus confier de nombreux postes ministériels, ainsi qu’au sein des gouvernements locaux dans des zones sous leur contrôle. La réaction à Bangui a été vive : beaucoup ont considéré ces postes comme une concession inacceptable faite aux groupes armés.

A ce jour, cet accord a porté quelques fruits. Il a permis d’attirer à nouveau l’attention de la communauté internationale sur la RCA et d’unir les diplomates derrière un effort conjoint de médiation. La participation des pays voisins, et en particulier du Tchad, aux pourparlers et au comité établi pour suivre la mise en œuvre de l’accord, pourrait les pousser à persuader les groupes armés qui recrutent et s’approvisionnent chez eux à réduire les abus. Etant donné qu’il y a quelques années, ces groupes exigeaient des amnisties et menaçaient de marcher sur Bangui, le simple fait de les avoir réunis autour de la table des négociations est une avancée.

Il est néanmoins difficile de dire si cet accord a permis de réduire la violence. L’accalmie observée dans les combats de forte intensité au cours des mois qui ont suivi la signature de l’accord pourrait aussi bien s’expliquer par le début de la saison des pluies. La violence quotidienne n’a que très peu diminué dans les provinces. Le 21 mai, un des groupes signataires de l’accord a perpétré une attaque qui a tué des dizaines de civils dans le Nord-Ouest. En outre, s’il appelle au désarmement, cet accord n’amorce aucune piste pour couper court aux affrontements entre les groupes armés, qui sont plus fréquents que ceux entre ces groupes et les forces armées régulières ou les Casques bleus de l’ONU. De fait, de nombreux détails restent encore à définir. Par conséquent, nombreux sont ceux, à Bangui, qui considèrent que l’accord a eu jusqu’à présent pour effet principal de récompenser de dangereux miliciens avec des postes gouvernementaux, sans apparente contrepartie.

Bien que des compromis avec les groupes armés les plus puissants soient nécessaires, le gouvernement et l’Union africaine devraient au moins exiger que ceux-ci honorent leurs engagements en échange du pouvoir qui leur a été concédé au sein du gouvernement. Le risque, énoncé par certains responsables de l’Union africaine, qu’une telle approche pousse les groupes armés à sortir de l’accord et déclenche une flambée de violence, semble surestimé. Les principaux groupes armés sont moins motivés par les postes gouvernementaux que par leur emprise territoriale. Les risques peuvent également être atténués par une approche qui verrait le gouvernement et ses partenaires internationaux compléter le dialogue mené à l’échelle nationale par des initiatives de paix au niveau local.

Les mesures suivantes pourraient contribuer à ce que l’accord mène à une amélioration de la situation sur le terrain :

Le gouvernement, de concert avec les garants de l’accord et les Nations unies, et, si possible, avec le consentement des groupes armés, devrait chercher à établir des critères que ces groupes devraient respecter pour garder leurs postes au gouvernement. Si aucun consensus n’est possible, le gouvernement et les acteurs internationaux devraient imposer leurs propres critères, sur la base des dispositions de l’accord, en les détaillant davantage et en fixant un calendrier précis. Dans un premier temps, ces critères pourraient inclure la réduction de la violence des groupes armés, la possibilité pour les représentants de l’Etat de se déployer dans les provinces et la liberté pour les organisations humanitaires de travailler sans entrave. Par la suite, ces critères devraient également comprendre des mesures de démobilisation, y compris à travers la participation à des unités mixtes de sécurité. Il importe de signaler que ces critères intègreraient également le principe de réciprocité dans les négociations.

Là où leur présence inégale sur le terrain le permet, le gouvernement et ses partenaires internationaux devraient soutenir les comités de paix locaux qui ont, dans certaines provinces, été en mesure de négocier des trêves et de résoudre des différends entre les groupes armés. Les comités préfectoraux établis par l’accord pour mettre en œuvre ses dispositions à l’échelle locale devraient s’appuyer sur ces efforts.

Le gouvernement devrait renforcer sa communication publique, non seulement au sujet de l’accord de février, mais également sur son approche plus globale des négociations. Il devrait expliquer à une population sceptique qu’il est nécessaire de faire quelques concessions aux groupes armées, mais que ces concessions sont indissociables de l’engagement des groupes armés à réduire la violence et à prendre des mesures vers le désarmement.

S’appuyant sur les récentes visites de travail conjointes à Bangui, l’UA, ainsi que les deux autres principaux partenaires du pays, l’UE et l’ONU, devraient maintenir la pression sur les pays voisins pour qu’ils reprennent les combattants étrangers après le désarmement en RCA, et pour qu’ils fassent usage de leur influence sur les groupes armés pour les persuader de réduire la violence, de permettre à l’Etat de revenir dans les zones sous leur contrôle et finalement de démobiliser. L’UA et l’ONU devraient, en particulier, chercher à ranimer les canaux diplomatiques bilatéraux entre la RCA et chacun de ses voisins, en particulier le Tchad et le Soudan. La Russie, qui joue un rôle de plus en plus important en RCA, devrait apporter son soutien aux efforts de démobilisation des groupes armés et maintenir la pression sur les pays voisins de la RCA avec lesquels elle entretient des relations étroites.

International Crisis Group, Nairobi/Bruxelles, 18 juin 2019

 

Réussite digitale du Maroc et  diplomatie digitale: un binome gagnant.(Pourquoi et comment?)

 

Par Noureddine Sefiani           

 

Le résumé exécutif de la présente recherche et des  propostions pratiques qu’elle contient est synthétisé   dans les 2tableaux  suivants:

  • Le premier contient un ensemble de propositions pratiques pourla réussite digitale.
  • Le second détaille le processus de mise en oeuvre des dites mesures

 

                     Les 5 piliers et les 15 commandements

                     pour une diplomatie digitale efficace:

 

                             1erPilier et ses 3 recommendations

 

 

 

2eme Pilier et see 3 recommendations

 

 

 

 

 

3emePilier et ses 3 recommendations

 

 

 

 

 

4eme Pilliers et see recommendations

 

 

 

 

 

 

5eme Pilliers et see recommendations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La présente recherche a pour objectif d’expliquer pourquoi la réussite de la politique digitale du Maroc en interne est conditionnée par la réussite de sa diplomatie digitale en externe. En fait la réussite dans ce secteur est conditionnée par tellement de facteurs externes nécessitant une intervention ciblée et une stratégie spécifique dont l’un des piliers consiste en un renforcement du role et des moyens mis à la disposition du Ministère des Affaires Etrangères. L’autre volet de cette étude consiste à présenter un certain nombre de propositions pratiques d’action diplomatique qui pourraient contribuer à la réussite du plan digital du Maroc. Pourquoi? 1)Le digital est devenu un enjeu énorme dans les relations internationales du fait qu’il remet en cause l’un des fondements de base des relations interétatiques à savoir la souveraineté des États. Cette remise en cause concerne les domaines économique et technologique mais touche également les plans sécuritaire et culturel. Sur le plan économique, il y a lieu de rappeler quelques chiffres qui démontrent l’importance des principales compagnies du web par rapport à un grand nombre de pays. C’est ainsi qu’en 2016 leurs chiffres d’affaires en milliards de dollars américains étaient les suivants:


Apple: $ 216; Amazon: $ 136; Google : $ 90; Microsoft: $ 85 Par contre le Produit Interieur Brut du Maroc en 2016 a été de $ 103.6 milliards (Banque Mondiale, 2017) Par ailleurs toutes ces compagnies sont présentes dans tous les pays. Elles sont pratiquement présentes dans chaque foyer. A titre de comparaison le Maroc ne dispose de représentations diplomatiques que dans 96 pays sur un total de 192 États-membres des Nations-Unies.D’un autre coté Facebook compte 2.2 milliards d’utilisateurs actifs par mois, Whatsapp 1 milliard d’utilisateurs par jour et Gmail dispose également d’un milliard d’utilisateurs actifs (Joshua A. Geltzer, 2018) .

En comparaison aucun ministère des affaires étrangères même des pays les plus puissants ne peut se targuer d’avoir une telle audience et par voie de conséquence une telle influence. Enfin ces multinationales grâce à l’utilisation de ce qu’il est convenu d’appeler l’optimisation fiscale arrivent à échapper au fisc de la plupart des pays et ne paient pratiquement des impôts qu’aux Etats-Unis malgré qu’elles brassent des chiffres d’affaires importants dans chacun d’entre eux.

Tout ceci a amené les pays européens à réagir et à essayer de trouver des solutions juridiques pour pouvoir taxer ces compagnies et rétablir ainsi leur souveraineté fiscale pour des activités économiques qui se déroulent sur leur territoire. La réalité internationale de ces multinationales est là et surtout leur puissance financière, de négociations, et de marge de manœuvre au niveau mondial font que le Maroc en général et sa diplomatie économique en particulier doivent non seulement tenir compte de cette réalité mais aussi disposer d’une ligne de conduite claire à leur égard pour pouvoir d’une part les attirer à venir s’installer au Maroc notamment par des mesures d’encouragement sans avoir à payer le prix fort au niveau de la souveraineté, de la sécurité ou du dumping fiscal. Une telle approche s’impose d’autant plus que les géants du Net gèrent un secteur sensible et à haute valeur ajoutée en matière de savoir constituant par là un important enjeu technologique. Par ailleurs et à l’instar de ce que fait l’Australie le digital peut favoriser grandement le développement du commerce extérieur notamment dans sa partie exportations.


L’enjeu technologique est clair et le Maroc a un choix à faire: soit rester consommateur des nouvelles technologies et à supposer qu’il soit autorisé à les acquérir quand il s’agit de technologies de pointe soit devenir producteur même partiellement des dites technologies et devenir une partie prenante, même à une échelle réduite sur le plan international de l’économie du savoir et de l’innovation avec toutes les implications économiques, sociales et en matière de relations internationales que cela entraine. Il y a donc là un problème de dépendance technologique et de disposition des nouveaux instruments et moyens du développement économique et de son accélération qui se pose. La solution passe par la création d’un éco-systeme de technologie numérique au Maroc pour acquérir le savoir nécessaire ce qui requiert une coopération aussi bien avec les géants de l’internet qu’avec les start-up ainsi qu’avec le secteur privé marocain et les universités.

Le ministère des affaires étrangères dans le cadre de sa diplomatie économique en général et digitale en particulier se doit d’accompagner l’action qui sera entreprise en la matière aussi bien par la veille, les contacts notamment avec les start-up localisées à l’étranger en particulier celles dont les détenteurs sont de nationalité ou d’origine marocaine.
La dépendance technologique touche également la sécurité du pays. En effet chaque fois qu’une acquisition de technologie digitale est faite à l’étranger et indépendamment du pays vendeur celle-ci est parfois munie d’une application sous forme de cheval de troie qui permet au pays vendeur de faire la surveillance des activités menées par le pays acheteur grâce à la technologie acquise.

De par la législation existante la sécurité des systèmes d’information au Maroc est du ressort de l’Administration de la défense nationale; toutefois il serait peut-être souhaitable de créer une cellule chargée de la sécurité digitale comme c’est le cas dans certains pays comme les Etats-Unis, au sein du futur Conseil Supérieur de Sécurité (Sefiani, Le Conseil Supérieur de Sécurité du Maroc: Quels enjeux stratégiques, 2012) et dont la création est annoncée par la presse comme prochaine (Media 24, 2018).

Cette cellule pourrait être composée de représentants de tous les secteurs sécuritaires au Maroc qui gèrent le digital, en plus du Ministère des affaires étrangères du département de l’industrie, de l’Agence de Développement du Digital mais aussi du secteur privé et des universities.


Sur le plan culturel la question qui se pose non seulement pour le Maroc mais pour la majeure partie des autres pays c’est de savoir si la diversité culturelle mondiale qui existe actuellement va continuer ou si les valeurs culturelles véhiculées par les géants du Net qui sont tous américains vont dominer le référentiel culturel de l’ensemble de la planète. Comment? Afin de relever les défis sus-mentionnés il y aurait lieu pour le Maroc de considérer que: • La réussite digitale comme une question politique prioritaire • Le digital comme une question primordiale de l’agenda diplomatique du pays • La réussite en matière de diplomatie digitale comme un impératif 2) Les raisons qui militent en faveur de la gestion des questions digitales comme une question politique prioritaire sont les suivantes: En effet loin d’être une simple modernisation des méthodes de travail et de communication des administrations marocaines notamment du Ministère des affaires étrangères, la question du digital doit être pilotée avant tout comme une question stratégique prioritaire nécessitant une attention et une volonté politiques pour pouvoir être mise en œuvre. Il est réconfortant de constater qu’au plus haut niveau de l’État cette volonté a déjà été exprimée à plusieurs reprises par Sa Majesté Le Roi et elle n’a besoin actuellement que d’être traduite par des actes au niveau gouvernemental. A cet égard il y a lieu de rappeler que dans son message adressé aux participants au forum national de la haute fonction publique le 27 février 2018 Le Souverain a clairement indiqué: “Il convient par conséquent de tendre vers une généralisation de l’administration électronique par la fourniture de services à distance et la facilitation pour les différents départements de l’accès commun aux informations”.

Ceci au plan interne; sur le plan international Sa Majesté Le Roi a également indiqué dans le discours adressé au sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la Zone de libre-échange continentale le 21 mars 2018 : “ L’Afrique est en passe de devenir un laboratoire du monde numérique. Le numérique est en train de changer le visage de notre continent…Aujourd’hui plus que jamais il s’avère nécessaire de connecter les marchés africains de manière pérenne. La Zone de Libre Echange Continentale Africaine est un instrument essentiel pour promouvoir ce nouveau paradigme de développement économique centré sur l’innovation, la diversification et l’échange solidaire”.


Il résulte de ce qui précède que l’appui politique est là. Il suffit de le traduire en moyens budgétaires et humains pour le concrétiser. Ceci passe par un renforcement et une implication accrue des Affaires Etrangères. L’objectif étant de permettre à ce département d’accorder une attention particulière à cette question prioritaire en y créant un niveau de décision adéquat. 3) Le digital est devenu une question clé de l’agenda diplomatique international. En effet le digital est discuté sous une multitude de formes et dans un grand nombre d’instances internationales. Il figure dans l’agenda international sous forme de gouvernance du Net, de gouvernance internationale du big data, d’éthique et de gouvernance de l’intelligence artificielle, de cybersecurité ,de fracture digitale…Ces points figurent à l’ordre du jour de plusieurs organisations internationales: l’Union Internationale des Telecommunications (U.I.T) l’Organisation des Nations-Unies (O.N.U) l’Organisation des Nations-Unies pour la Science et la Culture (U.N.E.S.C.O) l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (I.C.A.N.N) le World Economic Forum (W.E.F)…

Ceci étant et quel que soit le nom retenu ou l’organisation ou la question du digital est débattue le Maroc a un rôle important à jouer à cet égard. Pour ce faire le MAECI pourrait préparer des documents de travail ou des propositions qui contiennent les préoccupations des pays du Sud en général, et des pays africains en particulier sur les dites thématiques débattues dans les diverses organisations internationales sus-mentionnées. Tous ces thèmes sont relativement nouveaux pour les pays du Sud et les positions ne sont pas clairement arrêtées à ce sujet.

En prenant l’initiative de préparer des documents qui défendent les intérêts africains ou même ceux du Sud en général, si besoin est en coordination avec d’autres pays comme le Rwanda, le Maroc peut jouer un rôle de leader dans ce domaine à l’instar de ce qu’a fait notre pays lors des négociations de presque deux décennies qui ont été nécessaires pour élaborer la Convention Internationale sur le Droit de La Mer.
Enfin s’agissant du Digital comme question clé de l’agenda international il y a lieu de constater que la Cyber Diplomatie est d’ores et déja devenue un enjeu stratégique pour les Etats et les mesures qui seront adoptées maintenant ou leur absence impacteront le role ,la place et l’influence des Etats sur le plan international. De ce fait le Maroc se doit de jouer un role important sur cette question. A titre purement d’exemple le Maroc pourrait reprendre l’idée émise par David Gosset proposant la création d’une Agence Internationale de l’Intelligence Artificielle (A.I.I.A) comme institution spécialisée des Nations-Unies sur le modèle de l’A.I.E.A (Gosset, 2016). La création d’une telle institution se justifie pour plusieurs raisons : d’abord pour des raisons éthiques et pour éviter les dérapages éventuels dans l’utilisation de l’Intelligence Artificielle qui pourraient se révéler catastrophiques pour l’humanité et pour diminuer la fracture existante entre pays développés et pays du sud qui risque d’accentuer davantage les différences de développement existantes (Chatham House, 2018) . Le Maroc pourrait utilement rédiger un policy paper sur cette question et proposer la création de l’A.I.I.A , ensuite faire adopter cette idée par l’Union Africaine et éventuellement par d’autres organisations régionales auxquelles le Maroc appartient, avant d’entamer une campagne de sensibilisation au siège des Nations-Unies pour pouvoir obtenir le maximum de ralliements à cette idée et son adoption. 4) Afin de concrétiser l’impératif de mise en oeuvre d’une diplomatie digitale réussie il serait souhaitable que plusieurs autres mesures soient prises rapidement: • La désignation d’un haut responsable en charge de ce secteur • La digitalisation rapide du Ministère des Affaires Etrangères.

• La définition d’une ligne éditoriale et de normes de conduite. La désignation d’un haut responsable en charge d’impulser à l’international la stratégie digitale du Royaume devrait normalement etre la première décision à prendre. Pour ce faire il y a lieu de tenir compte des précédents crées par les pays étrangers en la matière et tenir compte également de certaines données spécifiques au cas marocain. Sur le plan international deux formules ont été retenues ; soit la formule danoise qui est celle du Tech-Ambassador c’est à dire un diplomate chargé de la technologie ou celle de l’Australie qui est celle du Cyber-Ambassador c’est à dire une personne chargée de l’ensemble des questions digitales y compris l’utilisation du digital pour faire davantage de commerce ainsi que de la cybersécurité.

Mais qu’il s’agisse du cas danois ou australien, ces deux pays possèdent déjà une infrastructure digitale très développée notamment au ministère des affaires étrangères, y compris une excellente infrastructure en matière de diplomatie publique par le digital; la désignation d’un ambassadeur chargé du numérique vise un objectif précis à savoir gérer au niveau international les nouveaux défis posés par le développement du Net.

Le cas du Maroc est différent. Le Ministère des Affaires Etrangères à l’instar des autres départements ministériels doit d’abord mettre en oeuvre sa propre digitalisation. Mais en plus il doit gérer à l’international les défis, les risques et les dangers auxquels doit faire face le Maroc du fait du digital.

L’exécution de cette mission d’envergure nécessite de mettre au point un plan de mise en œuvre interne des techniques de la diplomatie digitale. En même temps il y a lieu de gérer les questions liées à la diplomatie digitale mondiale en tant que question clé de l’agenda international et ce par le canal des structures existantes ou modifiées si besoin est. Pour toutes ces raisons le Maroc a le choix entre 2 formules: soit considérer que la digitalisation du pays, de son économie et de son administration est une question politique prioritaire qui touche à la souveraineté de l’État notamment dans son aspect numérique et nommer pour son exécution un Secrétaire d’état auprès du Ministre des Affaires Etrangères qui serait chargé de la diplomatie économique, digitale et culturelle.

La nomination d’un responsable à ce niveau non seulement permettrait de disposer de l’appui politique nécessaire pour mettre en œuvre les propositions de diplomatie digitale mais cette personne disposerait de ce fait du poids politique et administratif voulu pour assurer les contacts et la coordination avec les autres départements notamment ceux responsables de la sécurité pour pouvoir gérer à l’international les multiples et complexes problèmes et défis liés à l’acquisition, l’emploi et la gouvernance des technologies liées à l’internet.

Si cette formule n’est pas retenue, la mise en œuvre de la stratégie de diplomatie digitale pourrait être répartie entre deux personnes: d’une part le Secrétaire Général pourrait être chargé de la partie digitalisation en profondeur du Ministère des affaires étrangères tout en mettant à sa dispositions les moyens humains et budgétaires nécessaires pour ce faire; d’autre part le Maroc pourrait lui aussi nommer un ambassadeur chargé du digital mais qui aura la double tache d’être un Tech-Ambassador et à cet égard mener des contacts utiles à l’international et être l’interface nécessaire pour amener aussi bien les grands que les start-up du Net à venir au Maroc pour contribuer à la création de l’éco-systeme digital pour diminuer la dépendance technologique à l’égard de l’étranger et en même temps s’occuper au niveau multilatéral de toutes les questions liées à la gouvernance de l’internet. 5) En ce qui concerne la digitalisation du Ministère des Affaires Etrangères il y a lieu de tenir compte du fait qu’actuellement pratiquement tous les pays ont procédé à une digitalisation plus ou moins avancée de leurs services diplomatiques. Ils exercent de ce fait une partie plus ou moins grande de leur mission par le biais du digital.La tendance générale va dans le sens de la densification et de l’amélioration constante de cet usage.


Il en résulte que l’objectif le plus raisonnable pour le Maroc c’est de prendre le virage digital dès maintenant plutot que de le faire sous la contrainte et suite à la digitalisation de la diplomatie mondiale qui est inéluctable et qui va impacter dans les années à venir aussi bien le modus operandi des diplomates que de la diplomatie . Pour ce faire il serait souhaitable d’agir dans deux directions et se fixer comme objectif que le digital puisse devenir : ● Un moyen d’influence au service de la Diplomatie Marocaine. ● Une méthode de travail habituelle du Diplomate marocain. S’agissant du Digital comme Moyen d’influence au service de la Diplomatie marocaine;trois niveaux pourraient etre envisagés qui requièrent chacun une approche différenciée: -le ou les sites du Ministère des Affaires Etrangères. -les sites des postes diplomatiques et consulaires du Maroc -la présence individuelle des diplomates marocains sur la toile et dans les réseaux sociaux.

Les différents sites qui relèvent du Ministère des Affaires Etrangères doivent etre remaniés de fond en comble aussi bien en ce qui conerne leur design, le contenu de leurs publications , les messages véhicules , ainsi que dans leur système de veille et de réactivité. Une partie de leurs activités pourraient etre confiées à des spécialistes de la communication . Par contre la conception du message à véhiculer devrait etre du resort de diplomates chevronnés. Quant à la présence individuelle des diplomates marocains sur la toile et dans les réseaux sociaux elle nécessite de remplir d’autres exigences. En effet pour atteindre l’objectif du Digital comme méthode de travail du diplomate marocain deux séries de mesures pourraient etre adoptées: la mise à niveau et la formation continue du Personnel existant; revoir le mode de recrutement du nouveau personnel et des modalités de sa formation.Il y aurait lieu probablement de prévoir aussi le recrutement d’une équipe d’ingénieurs pour l’essentiel des informaticiens si possible disposant également d’une formation complémentaire en relations internationales ou en économie. Exiger des futures recrues du Ministère outre la connaissance des langues et des relations internationales d’avoir également une bonne base ,vérifiable,en connaissances informatiques et la pratique du Digital.Introduire dans le cursus de formation des nouveaux cadres dispensé par l’AMED (Academie Marocaine des Etudes Diplomatiques) un module complet sur la diplomatie digitale .


L’objectif recherché est que le Personnel diplomatique marocain et quelle que soit son grade ou sa responsabilité actuelle au service central ou à l’étranger doit pouvoir disposer de trois qualités fondamentales: face à la surabondance et l’instantanéité des informations disponibles, savoir extraire l’information utile pour le Maroc et la Diplomatie marocaine en particulier tout en ayant l’expertise nécessaire pour savoir éviter les fake news et la désinformation si présents dans la Toile.Enfin savoir analyser et utiliser efficacement l’information extraite. L’action digitale proposée en matière internationale devrait reposer sur un thème ou une narration(a “narrative” en anglais ) à caractère global ayant pour but de façonner l’image de marque d’un Maroc qui gagne et qui pourrait etre declinée en plusieurs sous-thèmes et ajustée pour chaque niveau ciblé et non répétitive d’un niveau à l’autre pour éviter la désaffection des visteurs qui auraient la curiosité de vouloir visiter plusieurs sites gérés par le Ministère des Affaires Etrangères .Le thème global qui pourrait etre retenu,;mais ce n’est là qu’une hypothèse initiale de travail est:Le Maroc pluriel dans un monde pluriel.Le “narrative “ du Maroc pluriel pouvant facilement inclure les sous-thèmes de civilisation multiculturelle, multiconfessionnelle etc…Il en est de meme d’un Monde pluriel reflété par la pluralité des partenariats et des échanges fructueux qu’entretient le Maroc un peu partout dans le monde.


Il y aurait lieu également d’envisager deux mesures d’accompagnement dans le cadre de la narration: La définition d’une ligne éditoriale . Celle-ci devrait metre en relief le Maroc en tant que champion de l’unité, de la solidarité et de la diversité. L’autre mesure d’accompagnement est la rédaction d’un guide pratique sur la diplomatie digitale. Ces deux mesures d’accompagnement devraient etre mises à la disposition de tous les diplomates pour leur servir de support dans leurs activités. En conclusion il y a lieu d’observer que ce qui est proposé ici c’est le renforcement du role et non pas la gestion exclusive du digital par les Affaires Etrangères. Par définition les autres départements doivent conserver leurs prérogatives en la matière. Toutefois la composante essentielement internationale de ce dossier, son caractère très sensible car susceptible d’affecter les relations bilatérales comme on l’a vu dans les relations sino-américaines dans l’affaire Huawei, et le fait que beaucoup de pays appréhendent cette question avant tout sous l’angle de la souveraineté et s’assignent comme objectif premier de la sauvegarder militent en faveur d’un renforcement du role et des moyens mis à la disposition des Affaires Etrangères . La réussite digitale du Maroc en interne est conditionnée par la réussite de sa diplomatie digitale en externe. La réussite de ce binome gagnant contribuera à la création d’un Maroc qui gagne que nous voulons tous. Rabat Le 12 juin 2019


NOTES

1- Pour la définition de ce concept voir :Noureddine Sefiani “ A la recherche de la Diplomatie Digitale: Propositions de définition” Etude publiée le 10 juin 2019 dans le site public utilisé par les universitaires www.academia.edu 2- Source Banque mondiale. 3- Joshua Geltzer et Dipayan Ghosh “Tech companies are ruining America’s image” in Foreign Policy Mai 2018.
4- Décret du 21 septembre 2011 portant création d’une Direction Générale des systèmes d’information au sein de l’Administration de la défense nationale. BO du 17 octobre 2011.
5- Noureddine Sefiani «Le Conseil Supérieur de Sécurité du Maroc: Quels enjeux stratégiques” Revue Attawassol No 18 Avril 2012 6- Etre diplomate marocain c’est quoi ? article publié dans Medias24 du 26 avril 2018 7- Discours lu par le Chef du Gouvernement Monsieur Saadeddine El Othmani.
8- « Artificial Intelligence and global geopolitics » Huffington Post 29 juin 2016.
9- Voir “Artificial Intelligence and International Affairs” Rapport de Chatham House de juin 2018.
10-A l’heure actuelle la diplomatie digitale est abordée sous forme de conférences et non pas en tant que cours plein et entier étalé sur toute l’année

 

 

 

By Noureddine Sefiani

 

La diplomatie digitale est devenue un moyen d’action et d’influence diplomatique important pour les Etats. Mais de quoi s’agit-il exactement?. En langue française on retrouve aussi bien l’expression diplomatie digitale que diplomatie numérique. Le Larousse a tranché cette question en précisant que l’adjectif digital est synonyme à numérique. Malgré cela le débat subsiste et parfois de façon passionnée (Duretz, 2014). Certains persistant à penser que l’adjectif numérique serait préférable à digital. L’auteur du présent article a porté son choix sur l’adjectif digital . Celui-ci est beaucoup plus utilisé sur la toile que son synonyme numérique , et donc offrant plus de probabilités de voir un texte ou un document apparaître sur un moteur de recherche.


Ceci étant les définitions de la diplomatie digitale ne manquent pas. La plus large est la suivante et elle a été émise par Digital Diplomacy Review dans sa page consacrée à la méthodologie et pourrait être traduite comme suit: “La diplomatie digitale au sens large est définie comme l’exercice de la diplomatie par chaque personne (y compris les diplomates et les leaders sans qu’ils en aient le monopole) ayant accès à internet, aux réseaux sociaux, aux plateformes, aux instruments, appareils et applications digitaux”. Celle-ci ressemble plutôt à un fourre-tout ou tout acteur qui se mêle de diplomatie même de loin, de façon épisodique, avec une influence nulle ou minime est considéré comme partie prenante à la diplomatie.


La définition la plus originale est la suivante proposée par Morgane Bravo dans son blog “Think tank Digital Diplomacy”: “La diplomatie digitale consiste à résoudre les problèmes de politique extérieure grâce à l’internet… C’est de la diplomatie conventionnelle sous d’autres formes. Elle consiste à écouter et dialoguer, à évaluer par de nouveaux et intéressants moyens. C’est un instrument du soft power pour un nouveau visage des relations internationales.”


La définition la plus restrictive de la diplomatie digitale est le fait de plusieurs auteurs. Un point commun les unit à savoir qu’ils considèrent tous que la Diplomatie digitale est une extension de la diplomatie publique. A titre d’exemple deux auteurs peuvent être cités, l’un anglophone Olubukola S. Adesina l’autre francophone Thomas Gomart* . Ces deux auteurs donnent pratiquement la même définition bien qu’en des termes et langues différents. Selon Thomas Gomart: ”La diplomatie numérique consiste en la continuation de la diplomatie publique par les nouveaux outils de l’information et de la communication. Elle permet donc de s’adresser autant à la population nationale qu’aux étrangers de manière simplifiée et rapide” (Bacher, 2014).

Le reproche qui pourrait être fait à cette approche est qu’elle se contente de constater l’élargissement du champ d’activité de la diplomatie publique sans faire état de nouvelles thématiques qui d’ores et déjà remplissent le calendrier des ministères des affaires étrangères du fait de la diplomatie digitale. A tel point d’ailleurs que certains pays ont procédé à la nomination de ce qu’on appelle les Tech-Ambassador et le premier à l’avoir fait a été le Danemark en janvier 2017. La mission de ces nouveaux diplomates est de négocier avec les entreprises géantes ainsi qu’avec les start-up à forte valeur technologique sur des projets de coopération (Gagnière, 2017). Par ailleurs l’agenda des ministères des Affaires étrangères de tous les pays s’est enrichi par de nouvelles questions importantes et sur lesquelles doit porter la négociation entre autres: la gouvernance du Net, la cyber-sécurité, la fracture numérique etc..


Ceci étant toute une panoplie d’expressions et de notions plus ou moins proches a fait florès simultanément avec l’apparition et l’évolution de la diplomatie digitale telle que e-diplomacy ou Techplomacy. Ces notions connexes peuvent être regroupées en deux catégories. Dans la première on peut inclure les expressions e-diplomacy et cyber diplomacy qui peuvent être considérées comme désignant le même contenu que la diplomatie digitale. Par contre les expressions suivantes désignent chacune un aspect spécifique de la diplomatie digitale : Techplomacy, Twiplomacy, Data diplomacy, Algorithmic diplomacy, Hashtag diplomacy et Smart diplomacy.


La notion de Techplomacy a été employée par la diplomatie danoise à l’occasion de la nomination d’un Ambassadeur auprès de Silicon Valley. Il s’agit donc de l’activité diplomatique consistant à traiter d’un sujet unique la technologie. Le gouvernement danois considère que le pouvoir économique des grandes compagnies technologiques est devenu tel qu’il peut se transformer en influence politique c’est à dire jouer le même rôle que les États (Fletcher, 2018).


La twiplomacy c’est l’usage de Twitter pour traiter de sujets à caractère diplomatique de la part aussi bien des hommes politiques, des diplomates, de la société civile que de simples individus.
La data diplomacy est la diplomatie qui se sert des données notamment les mégadonnées (big data) pour mettre en œuvre sa politique extérieure ou à tout le moins une partie de celle-ci.

L’algorithmic diplomacy peut être considérée comme une sous-spécialité de la Data diplomacy, puisqu’elle se sert aussi des données mais en les analysant grâce aux algorithmes pour arriver à des conclusions devant lui faciliter la prise de décisions.


La Hashtag diplomacy consiste dans l’usage des hashtags # notamment dans Facebook et Twitter pour amplifier et démultiplier le message que l’on veut faire passer en vue d’atteindre l’audience la plus large possible et en suscitant un maximum de réaction et de commentaires: l’idéal étant d’arriver à créer le buzz.


Enfin la Smart power diplomacy consiste dans la combinaison et le bon dosage entre hard et soft power afin d’arriver à la smart power diplomacy. La notion de smart power a été forgée par le Professeur Joseph Nye (Etheridge, 2009) et c’est Hillary Clinton qui a popularisé l’emploi de l’expression ainsi que son utilisation effective en diplomatie en parlant de smart power diplomacy lorsqu’elle était secrétaire d’état (CBC, 2009).


Au dela de ces concepts qu’en est-il maintenant de l’évolution du concept de diplomatie digitale ? Sur le plan historique le premier acte de diplomatie digitale est attribué par Tom Fletcher dans son ouvrage “Naked Diplomacy” à Carl Bildt, ancien Premier Ministre de Suède qui a envoyé au Président américain un courriel en date du 4 février 1994 pour le féliciter à propos de la levée de l’embargo à l’égard du Vietnam (Fletcher, Naked Diplomacy, 2016). En allant outre les canaux traditionnels utilisés jusqu’à cette date et en utilisant pour la première fois internet pour une correspondance officielle, l’homme d’état suédois aurait ainsi été le premier utilisateur de la diplomatie digitale. Par contre Xavier de la Porte estime que la Diplomatie Digitale a démarré en 2009 au moment où Hillary Clinton était Secrétaire d’état. Celle-ci a recruté deux jeunes férus de technologie Alec Ross et Jared Cohen afin que la politique extérieure américaine puisse tirer le maximum de l’influence et du pouvoir que permet l’utilisation des réseaux sociaux. Et l’auteur de conclure que : « les américains ont été les pionniers dans cette nouvelle manière de faire la diplomatie » (Porte, 2013). Au-delà de l’aspect concernant la date et l’origine exacte de l’apparition de la diplomatie digitale, le plus important demeure que cette forme nouvelle de diplomatie n’a pu se développer et connaître autant de succès qu’avec l’apparition des réseaux sociaux et la croissance exponentielle de leurs membres tout au long des quinze dernières années. A cet égard il y a lieu de rappeler comme suit leurs dates de création.


● 2003 : Linkedin avec 610 millions d’utilisateurs à la date du 4 mars 2019 ● 2004 : Facebook avec 2,271 milliards d’utilisateurs par mois à la date de janvier 2019 ● 2005 : Youtube avec 1,9 milliards d’utilisateurs par mois à la date de janvier 2019 ● 2006 : Twitter avec 338 millions d’utilisateurs actifs à la date du 1 janvier 2018 ● 2010 : Whatsapp avec 1,5 milliards d’utilisateurs par mois et 60 milliards de messages par jour à la date de janvier 2019 ● 2010 : Instagram avec 1 milliard d’utilisateurs à la date de janvier 2019 Aux dates de création des réseaux sociaux et des statistiques de leur audience il faut ajouter d’autres faits significatifs dans l’évolution de la diplomatie digitale à savoir : ● 2007 : Les Maldives créent la 1ere ambassade virtuelle suivis peu de temps après par la Suède et l’Estonie. Les trois sites diplomatiques virtuels ont été” crées auprès de Second Life qui est un site très populaire auprès des jeunes et avaient pour objectif de répondre à toutes les questions posées sur les Maldives, la Suède ou l’Estonie. Toutefois cette expérience ne semble pas avoir été concluante car très peu d’autres pays ont emprunté cette meme voie. ● 2009 : Pour la 1ere fois un ambassadeur en exercice publie un tweet sur son compte en sa qualité d’Ambassadeur; il s’agit en l’occurence de l’ambassadeur du Mexique à Washinghton ● 2015 : Le Foreign and Commonwealth Office à Londres devient le 1er ministère des affaires étrangères à ouvrir un compte Snapchat. Afin de faire ressortir l’évolution qui s’est produite ces dernieres années certains auteurs parlent d’un passage de la diplomatie analogique à la diplomatie digitale. (Wallin, 2012). D’autres notamment l’Ambassadeur espagnol Antonio Casado Rigalt utilise d’autres images dans ce sens. En effet le diplomate espagnol dans la revue du ministère des affaires étrangères de son pays parle quant à lui d’un passage de la diplomatie digitale 2.0 à la diplomatie digitale 3.0 voulant dire par là que la 2.0 a consisté dans l’intégration de la communication digitale dans la pratique des ministères des affaires étrangères. Par contre la 3.0 serait l’étape suivante qui est la pratique de la diplomatie essentiellement par le digital.

Enfin d’autres comme Ilan Manor pensent par contre que l’évolution de la diplomatie digitale devrait amener celle-ci à terme à engager un dialogue direct avec les nations et populations étrangères. Toujours selon Manor le complément indispensable à toute stratégie de diplomatie digitale serait le “tailoring”(le sur mesure) plutôt que le “targeting”(le ciblage). L’auteur donne l’exemple de la perception des Etats-Unis au Pakistan et en Israël pour justifier sa proposition de solutions sur mesure plutôt que le ciblage global car manifestement la stratégie digitale américaine ne peut pas être la même au Pakistan et en Israël (Manor, 2018). Ceci étant l’examen de l’état des lieux de la diplomatie digitale au niveau mondial révèle l’existence d’un nombre incroyable de défis auxquels les ministères des affaires étrangères et les diplomates de chaque pays doivent faire face.

Tout d’abord l’élargissement de la liste des acteurs de la diplomatie pour inclure les individus, la société civile et les différents groupes d’intérêt change les données de base de ce métier dont les acteurs étaient uniquement des responsables gouvernementaux professionnels et respectant un code de conduite écrit (Convention de Vienne sur les relations diplomatiques) et non écrit (essayer à chaque fois d’arriver à un compromis équilibré et qui tient compte des intérêts légitimes des uns et des autres).

L’arrivée des nouveaux acteurs a amené avec elle les fake news ainsi que d’autres menaces beaucoup plus graves et qui peuvent affecter profondément la sécurité nationale. Il s’agit en l’occurrence des hackers aux motivations différentes; certains sont des lanceurs d’alerte et d’autres des criminels tout court.

Il s’agit aussi de ceux qui sont mus par une idéologie extrémiste pour défendre ce qu’ils croient être des causes justes et qui se servent de la toile pour le faire. Le résultat final dans ces cas est le développement de la cybercriminalité, du crime organisé et du terrorisme. La diplomatie dans tous ces cas de figure est amenée finalement y compris par le biais de la diplomatie digitale à lutter contre tous ces risques en gérant au mieux la négociation et la coopération internationales dans ces différents secteurs.

Enfin parmi les acteurs nouveaux ou peut être des acteurs anciens quand ce sont les États qui la pratiquent il y a la cyber guerre. On ne peut refermer cette liste des nouveaux acteurs sans mentionner les individus et/ou les groupes qui utilisent la toile pour engager un dialogue citoyen et même cette catégorie n’est pas facile à gérer. En effet les ministères des affaires étrangères disposent désormais d’une nouvelle audience plus élargie, composée de nationaux et d’étrangers et avec lesquels le dialogue doit être engagé pour obtenir leur adhésion à la politique extérieure suivie; faute de quoi cette frange de la population est capable de faire échouer si elle se mobilise les meilleures politiques tracées et appliquées. Enfin le dernier aspect concernant la diplomatie digitale et les ministères des affaires étrangères a trait à ce qu’on pourrait appeler la souveraineté digitale .

En effet le métier de base des diplomates est de défendre la souveraineté nationale; or de nos jours celle-ci est assaillie de tous les côtés par les assauts du digital; qu’il s’agisse des données personnelles, des données étatiques de la puissance et de l’influence des grandes sociétés qui utilisent le digital et qui arrivent à contourner la souveraineté fiscale des États, ainsi que leur puissance économique. De ce fait tout État qui n’a pas la maitrise de tout le cycle du numérique se trouve finalement sous l’emprise et le bon vouloir de ceux qui contrôlent les dits instruments digitaux et de ce fait la souveraineté numérique, sinon la souveraineté tout court de l’État s’en trouve par définition diminuée. Tenant compte de toutes les donnees qui précèdent la définition suivante nous semble la plus appropriee: “La diplomatie digitale est le recours aux Technologies de l’Information et de la Communication ainsi que la participation à l’élaboration des règles régissant la gouvernance de l’Internet afin de concrétiser les objectifs de la politique extérieure de l’État.”

 

NOTES


1- Marlene Duretz:”Dilemne numérique” in Le Monde du 14 janvier 2014. 2- Foreign policy in an era of digital diplomacy in Cogent Social Sciences. Mars 2017 3- L’explosion du numérique dans les relations internationales in Revue des deux mondes.
4- Thomas Gagniere: Google, Amazon, Facebook, Apple, la diplomatie est morte vive la Techplomatie. Voir aussi Martin Untersinger “Un ambassadeur dans la Silicon Valley pour “conserver du pouvoir à l’ère du numérique” Le Monde 6 juin 2018 5- How Casper Klynge is reinventing diplomacy as the first tech ambassador in Journal The National du 3 mai 2018.
6- Eric Etheridge “How soft power got smart” New York Times 14 janvier 2009. 7- «Clinton touts smart power diplomacy for foreign policy », CBC News 13 janvier 2009. 8- voir page 78. 9- “Toute petite histoire de la diplomatie numérique”, France Culture le 6 novembre 2013.
10- Mattew Wallin “Analog vs Digital Diplomatic world” publié le 17 mai 2012 par American Security Project.
11- Ilan Manor, ”The digitalization of diplomacy: towards clarification of a fractured terminology” publié par Oxford digital diplomacy group.
12- Andres Ortega :”Soberania digital” El Cano Institute 29/52018.

 

Par Michaël Béchir Ayari, Senior Analyst, Tunisia.

International Crisis Group, 7 March 2019

 

Que se passe-t-il ?

Le 10 février 2019, dans une lettre à la nation, le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a annoncé son intention de briguer un cinquième mandat lors de l’élection présidentielle d’avril prochain, malgré une santé fragile qui l’empêche de s’exprimer publiquement, et à fortiori de faire campagne – il a été victime de plusieurs accidents vasculaires cérébraux depuis 2013. De nombreux Algériens ont interprété cette annonce comme la proclamation d’un nouveau quinquennat, vu le manque de transparence des scrutins. Une série de protestations contre « le mandat de trop » s’est alors emparée du pays. Leur ampleur est inédite et leur issue incertaine.

Ces protestations, qui se concentrent principalement sur le refus de cette nouvelle candidature, ont largement dépassé en intensité celles de 2014 contre le quatrième mandat. Le 1er mars, elles ont réuni entre 700 000 et 800 000 personnes à Alger et près de 2 millions dans le reste du pays, d’Annaba (Est) à Tlemcen (Ouest), même dans des régions jusque-là peu mobilisées.

Malgré l’ampleur de ces protestations, le directeur de la campagne de Bouteflika, Abdelghani Zaalane, a déposé le 3 mars devant le Conseil constitutionnel la candidature du président de la République, actuellement hospitalisé à Genève (Zaalane est le gendre du chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah). Le même jour, dans une lettre lue par une présentatrice à la télévision publique, Bouteflika s’est engagé, s’il est réélu, à mettre en place une « conférence nationale inclusive et indépendante » afin de « débattre, concevoir et adopter des réformes » sur le plan constitutionnel, institutionnel, politique et économique ; à établir un « mécanisme indépendant » pour organiser une élection présidentielle anticipée ; et à convoquer un référendum sur une nouvelle constitution qui ouvrirait la voie à une nouvelle République et à un nouveau « système », afin d’assurer « la transmission générationnelle ».

Dans cette même lettre, le président-candidat a aussi affirmé avoir « entendu les cris du peuple ». Sans succès. La rue algérienne a interprété ces mots comme un énième affront, voire comme une provocation. Si cette déclaration a répondu en partie aux demandes des manifestants et de certains partis politiques d’opposition (une conférence nationale inclusive, une commission indépendante pour organiser les élections, et une nouvelle constitution), de nombreux Algériens estiment que le président de la République, au pouvoir depuis vingt ans, n’est plus en mesure de prendre l’initiative et de fixer le rythme des réformes. Les manifestations continuent. Une nouvelle série de protestations est attendue pour le vendredi 8 mars, qui se trouve être aussi la Journée internationale des femmes, généralement marquée par des rassemblements.

En attendant, plusieurs mouvements d’opposition, dont les islamistes et le parti Talaie al Horiat (l’Avant-garde des libertés) d’Ali Benflis, ancien Premier ministre (2000-2003) et candidat aux présidentielles de 2004 et 2014, se sont réunis à Alger le 4 mars. Ils ont appelé à appliquer l’article 102 de la Constitution, qui permet de déclarer la vacance de la présidence en cas d’incapacité du président de la République à gouverner en raison de son état de santé. Ils ont aussi demandé le report du scrutin.


Comment analyser ce mouvement de protestation ?


L’annonce de la candidature du président Bouteflika à un cinquième mandat a suscité un sentiment d’humiliation nationale. Beaucoup de manifestants estiment que l’actuel chef de l’Etat ne représente plus les forces vives de la nation et que son instrumentalisation par des groupes d’intérêts qui gravitent autour de lui confine à l’absurde, vu son état de santé. Certains affirment également que le pays a perdu trop de temps et que, si Bouteflika avait cédé sa place en 2014, des réformes sociétales auraient déjà pu hisser l’Algérie au rang des grandes nations économiques.

Au-delà du refus d’un cinquième mandat, le mouvement en cours exprime quelque chose de plus profond. Il est alimenté par le désir de se réapproprier la rue, alors que les manifestations sont interdites dans la capitale depuis 2001. Les slogans ne sont pas sans rappeler ceux qui avaient animé le soulèvement tunisien de décembre 2010-janvier 2011 : « Game Over », « Le peuple veut la chute du régime/système », « Voleurs, vous avez pris le pays », « Algérie, libre et démocratique ». Mais contrairement à ce qu’on a pu observer en Tunisie, la question du mépris (hogra) dont souffrent les individus et régions marginalisés sur le plan économique passe au second plan.

Le mouvement possède également une dimension socio-culturelle. Les classes moyennes urbaines comme les classes populaires demandent que chacun puisse « profiter de la vie en Algérie et dépasser le traumatisme de la décennie noire » (1992-2002), et que personne ne doive « plus mourir en mer en traversant la Méditerranée vers l’Europe dans l’espoir d’y trouver l’eldorado et d’accéder aux plaisirs de la société de consommation ». Pour les manifestants, les réponses à ces aspirations existent, mais le « clan de Bouteflika » – le président de la République, sa famille, son directeur de campagne, le Premier ministre et une poignée d’hommes d’affaires du sérail – empêche leur mise en œuvre par son incapacité à trouver un successeur consensuel.

Jusqu’à présent, une forme d’union nationale est de mise lors des manifestations. Les revendications régionalistes sont absentes, et diverses catégories sociales défilent ensemble de manière pacifique face à un adversaire commun. La présence de familles (femmes, enfants, personnes âgées) dans les cortèges est un élément marquant en ce qu’il contraste avec ce qu’on a pu observer par le passé.

Enfin, les protestataires aspirent à un changement tout en affirmant leur soutien à l’armée nationale, « issue du peuple », mais aussi à d’autres forces de sécurité, comme le montre le slogan « Frères, frères, les policiers sont nos frères ».


Beaucoup d’observateurs dans le monde entier évoquent un mouvement spontané. Qu’en est-il sur le terrain ?


A Alger, rares sont les manifestants qui affirment que ce mouvement est entièrement spontané. La plupart d’entre eux disent ne se faire aucune illusion quant à la présence d’acteurs de l’ombre issus de différents secteurs de la société algérienne, qui alimentent ce mouvement à défaut de l’avoir suscité.

Nombre de ces acteurs participent en effet à ces protestations ou les soutiennent discrètement. C’est le cas de généraux mis à la retraite anticipée ces dernières années, de cadres et agents de sécurité frustrés par la dissolution du Département du renseignement et de la sécurité en 2015, et d’hommes d’affaires à la stature internationale, empêchés par les premiers cercles du pouvoir de développer pleinement leurs activités économiques. C’est aussi le cas de hauts fonctionnaires, de syndicats autonomes, d’associations de jeunesse, de militants des droits humains, d’étudiants, de journalistes, d’avocats, et de partis d’opposition intégrés au « système ».

La plupart de ces acteurs estiment nécessaire de « réinstitutionnaliser » le pays en neutralisant les forces « extraconstitutionnelles » (le clan Bouteflika) qui affaibliraient la résilience de l’Etat face aux défis économiques, sociaux et régionaux. Ceux-ci risquent de devenir encore plus aigus dans les années à venir, notamment si les réserves de change diminuent de manière significative, que l’inflation augmente et que le contexte sécuritaire se dégrade dans les pays voisins.

Enfin, ces acteurs semblent converger sur la nécessité de réduire le caractère informel, opaque et fragmenté du pouvoir pour « sauver le pays ». L’objectif, au-delà des discours pro-démocratie, est de rétablir les équilibres régionaux tacites au sein des centres de pouvoir, hérités de la guerre d’indépendance (1954-1962), et de renouer avec un minimum de règles pour réduire le règne de l’arbitraire dans le processus officiel de prise de décision.


Quels sont les scénarios possibles ?


Ce mouvement de protestation émerge dans un contexte régional et international particulier. Les Algériens sont tiraillés entre le souvenir de leur printemps démocratique raté de 1988-1991, la crainte d’un retour des violences de la décennie noire, l’aspiration à la liberté et la conviction que le mouvement actuel ne constitue pas une rupture par rapport au « système » mais s’y inscrit (notamment via le rôle de l’armée). Ils veulent éviter un scénario à l’égyptienne (polarisation entre islamistes et anti-islamistes, suivie d’un retour violent à l’autoritarisme) ou à la syrienne (guerre civile), et se rendent compte que les vertus de la démocratie libérale sont remises en cause au niveau international et même en Tunisie. Il est donc très difficile de dire ce qu’il adviendra, en particulier parce que tout dépendra de l’intensification ou de l’affaiblissement de l’élan mobilisateur dans différents secteurs de la société.

Mais vu la diversité des acteurs qui aspirent au changement, il est probable que les protestations montent crescendo tant que Bouteflika maintiendra sa candidature. Leur caractère pacifique ou violent dépendra principalement de la réponse des forces de sécurité. Si celles-ci se montrent aussi professionnelles que lors des récentes protestations, se gardant de charger les foules sauf lorsque celles-ci convergent vers les bâtiments publics, il y a de fortes chances que les violences demeurent limitées du côté des manifestants.

L’article 102 de la Constitution pourrait éventuellement être appliqué. Il serait mis fin au mandat de Bouteflika pour des raisons de santé. Dans ce cas, le président du Conseil de la nation (chambre haute du parlement) assumerait la charge de chef de l’Etat pour une durée de 90 jours au maximum, au cours de laquelle une élection présidentielle serait organisée.

Les partis d’opposition, qui se contentent de suivre le mouvement de peur d’être accusés de récupération, risquent d’avoir du mal à faire entendre leur voix dans le cadre d’un débat politique ouvert sur les solutions potentielles. D’autant que si les mobilisations de masse s’intensifient, de nouvelles forces politiques et associatives émergeront, portant des revendications pour l’instant marginales, comme l’élection d’une Assemblée nationale constituante.

En parallèle, l’armée pourrait être tentée de piloter ouvertement un éventuel processus de transition. Le général à la retraite Ali Ghediri, candidat à la présidentielle, pourrait représenter une personnalité consensuelle, incarnant la « rupture dans la continuité ».

Les Algériens ont tiré les leçons de leur douloureux passé. Mais ils semblent une fois de plus contraints d’expérimenter avec des formes inédites de libéralisation politique, comme ce fut le cas en 1988, avec des conséquences incertaines. Certes, la polarisation entre islamistes et anti-islamistes n’est plus d’actualité. Les partis d’inspiration islamiste qui participent aux élections et sont représentés au sein du parlement et des assemblées populaires régionales et communales pourraient tirer profit de ces contestations et négocier une meilleure représentation politique, mais dans le contexte actuel, leur rôle, tout comme celui des salafistes quiétistes, apparait très marginal. Le risque de violences entre pro- et anti-cinquième mandat, voire entre partisans de la « réinstitutionnalisation » et défenseurs du statu quo, en revanche, est réel. Toute rupture avec le passé devra donc se faire progressivement et dans le respect de l’ordre constitutionnel. Ce ne sera pas facile.